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Nouveau
procédé «propre» pour le tannage du cuir
Confrontées
aux réglementations communautaires sévères en matière
de protection de l'environnement, les tanneries européennes supportent
des coûts élevés pour le traitement de leurs rejets
et subissent la concurrence des pays asiatiques. L'industrie chimique
leur propose une nouvelle technique de pré-traitement des peaux
qui élimine la pollution et permet de garantir la production de
cuirs de très grande qualité, à des coûts de
fabrication moins élevés.
L'initiative est venue de chercheurs
de la branche française du groupe européen Hoechst, important
fournisseur de produits chimiques pour l'industrie de la tannerie. "Le
défi posé à nos clients était clair, explique-t-on
chez Hoechst. Face à leurs concurrents asiatiques, ces industriels
avaient besoin de technologies nouvelles, respectueuses des normes européennes
en matière d'environnement et assurant un cuir de qualité,
en allégeant de préférence les coûts de production".
En 1991, les laboratoires français de Hoechst démarrent
un projet de R&D, soutenu par la Commission européenne. L'Italie,
qui compte un grand nombre de tanneries, représente un partenaire
privilégié.
L'entrée
en lice de la silice
Tanner une peau consiste à la rendre imputrescible et apte à
subir ultérieurement les traitements de coupe pour la fabrication
de vêtements ou de produits de maroquinerie. Les agents chimiques
traditionnellement utilisés dans ce processus sont des produits
à base de chrome et d'autres sels métalliques, qui sont
précisément à la source des atteintes importantes
causées par cette industrie à l'environnement.
C'est au fil de recherches bibliographiques que l'équipe de Hoechst
a trouvé la piste qui allait guider ce projet. Dans les années
quarante, des tanneries avaient essayé de remplacer le chrome par
de la silice, un élément minéralogique particulièrement
abondant dans le sable, les grès et les silex. Les résultats
avaient été décevants, donnant des cuirs de mauvaise
qualité en raison de l'instabilité des propriétés
tannantes des solutions de silice utilisées. Compte tenu de ses
caractéristiques non polluantes, l'intérêt présenté
par la silice justifiait cependant de nouvelles investigations.
Mettant à profit des avancées technologiques récentes,
les chercheurs ont réessayé l'utilisation de la silice sous
des formes dites colloïdales (dans lesquelles des particules extrêmement
petites se trouvent en suspension dans des milieux liquides), présentant
des qualités de stabilité beaucoup plus performantes. Les
résultats ont été particulièrement intéressants
au niveau de la phase dite de pré-tannage, à savoir le traitement
rapide imposé initialement aux peaux fraîches pour assurer
leur conservation avant leur transformation ultérieure en cuirs
finis.
Une
solution environnementale
Il s'est vite avéré qu'un tel pré-traitement est,
en effet, d'autant plus avantageux que lors du tannage proprement dit,
les produits à base de chrome utilisés dans cette phase
sont alors presqu'entièrement absorbés par le cuir. Résultat:
la teneur en chrome des déchets finaux diminue de près de
100 fois. Atouts supplémentaires non négligeables: la fixation
et la qualité du cuir sont améliorées et le coût
global du traitement s'avère moins onéreux.
Au-delà des tanneries
En outre, l'intérêt de ce nouveau procédé ne
concerne pas les seuls tanneurs. Une firme allemande associée au
projet s'est intéressée à l'exploitation de la silice
- non toxique -, tirée des déchets du pré-tannage
pour fabriquer de la gélatine, utilisable par les industries alimentaires,
pharmaceutiques et cosmétiques.
"Nous avons déposé un brevet au niveau européen
pour la silice "FELIDERM W®" qui fait désormais partie
de nos produits", précise-t-on chez Hoechst. "Mais son
utilisation implique de bousculer les habitudes des tanneries. S'ils veulent
tirer parti de ce nouveau procédé, qui pourrait globalement
accroître de 30% la rentabilité de leurs activités,
les industriels doivent revoir l'organisation de leur production. Mais,
à la clé, ce pré-traitement leur permet d'obtenir
un rapport qualité/prix intéressant. Notamment face à
la concurrence des tanneries asiatiques qui, elles, ne sont soumises à
aucune règle anti-pollution."
Article
issu du programme européen : Technologies
industrielles et des matériaux (BRITE-EURAM/CRAFT/SMT)
http://europa.eu.int/comm/research/success/fr/success_fr.html
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