Un œil thermique contrôle la qualité des soudures
   
Une aciérie et un centre de recherche ont développé un système de contrôle automatisé de la qualité des soudures industrielles en ligne continue. Un pyromètre optique capte la température de la soudure au sortir de la machine. La soudure est acceptable la moyenne des températures et leur déviation standard sur toute sa longueur restent comprises dans des valeurs préétablies. Les études montrent une corrélation excellente avec les techniques d'inspection traditionnelles. Le système peut aussi détecter toute détérioration graduelle de la qualité de la soudure et prescrire une révision préventive de la soudeuse.


Faite correctement, la soudure est une technique permettant de joindre deux pièces métalliques de façon résistante et fiable et elle est largement utilisée dans l'industrie manufacturière. Toutefois, un contrôle strict de la qualité est essentiel pour assurer un niveau élevé et constant de la fabrication.
Traditionnellement, une soudure est testée par inspection visuelle et par martèlement de façon à vérifier que les deux extrémités métalliques ont correctement fusionné. Ces tests sont efficaces, mais ils sont qualitatifs et en partie subjectifs. Et s'il est possible de contrôler automatiquement différents paramètres de l'opération, tels que le courant électrique, la pression, la vitesse, etc., aucun de ces facteurs n'est directement lié à la qualité de la soudure terminée.
Le projet "Steel Research" (recherche sidérurgique) a été lancé lorsque le sidérurgiste belge Cockerill Sambre a pris contact avec le CRM, un centre de recherches métallurgiques à Liège, afin qu'il détermine comment éviter les interruptions de leur ligne de recuit à Kassel. Des barres d'acier sont soudées en ligne continue sur environ un mètre de long au cours d'un processus automatique et continu. Les soudures défectueuses exigent l'arrêt du processus et, dans certains cas, l'installation peut être arrêtée pour plus de 40 heures. Cockerill Sambre voulait une méthode rapide et objective pour évaluer la qualité des soudures ainsi qu'un moyen de contrôler l'état de la soudeuse pour prévenir un dysfonctionnement éventuel avant que des soudures défectueuses ne commencent à apparaître.


Imagerie thermique


Pour obtenir une soudure correcte, le métal doit être chauffé uniformément jusqu'à la température de fusion. Dès lors, le CRM a examiné la possibilité de contrôler la température de la soudure au sortir de la machine. Aux températures concernées, de 600°C à 1000°C, la soudure émet un puissant rayonnement infrarouge. Le CRM a donc décidé d'utiliser une caméra infrarouge pour obtenir une image thermique de la soudure à peine produite. La caméra est montée afin de pouvoir visualiser la soudure 50 mm derrière le point de fusion. Elle balaie une surface de 0,5 mm de large et de 20 mm de long sur la largeur de la soudure. Lorsque le métal sort de la machine, la caméra enregistre ainsi de nombreux "profils" et établit une carte de contours en deux dimensions. L'amplitude de l'émission infrarouge étant directement liée à la température, le CRM était en mesure d'établir une "carte thermique" indiquant les variations de température sur la largeur et la longueur de la soudure. Une carte classique comprend quelque 300 profils pour une longueur d'un mètre de soudure. L'étape suivante consistait à utiliser cette carte pour évaluer la qualité du processus.
Le CRM devait établir que la température enregistrée sur la carte correspondait bien à la résistance de la soudure. Il a donc réalisé 150 échantillons de soudures de résistance différente et les a soumis au test d'Erichsen, au cours duquel une plaque soudée est pliée jusqu'à ce qu'elle cède. Les tests ont montré que la température mesurée par la caméra était un bon indicateur de la résistance de la soudure. Ensuite, le CRM a comparé les cartes de 4000 soudures aux résultats des tests traditionnels par inspection visuelle et par martèlement. Il a constaté que la carte thermique de chaque soudure pouvait être caractérisée d'une façon simple. D'abord, on établit la moyenne des températures maximales pour chaque profil sur la longueur de la soudure afin d'obtenir une température moyenne pour la soudure entière. Ensuite, on calcule la variation de la température maximale de profil à profil, définie à partir de la déviation standard. Une soudure est considérée comme acceptable si la température moyenne et la déviation standard de la température restent dans une fourchette déterminée.
L'ordinateur conserve les données des 2000 dernières soudures et alerte l'opérateur s'il se produit une modification de la température de la soudure qui indiquerait une détérioration du processus. Une réparation adéquate peut être faite avant que la qualité ne devienne inacceptable.
Le système fonctionnait correctement, mais il y avait plusieurs problèmes pratiques à régler. La caméra était volumineuse et encombrante et nécessitait l'utilisation de miroirs pour visualiser la soudure sans obstruer l'accès pour la maintenance. Le mécanisme de balayage de la caméra utilisait des prismes rotatifs qui exigeront une attention régulière et la fenêtre optique était salie par la fumée des soudures et demandait un nettoyage fréquent. A cette proximité du point de soudure, la caméra subissait des interférences électriques. Cette formule s'avérait finalement inutilement compliquée et très coûteuse.


La solution du pyromètre


Lorsque le projet initial s'acheva en 1992, le CRM demanda des fonds supplémentaires à l'Union européenne pour parvenir à une version moins coûteuse et plus performante du système de façon à ce qu'il puisse être commercialisé. Le nouvel équipement, qui est développé depuis 1994, utilise un pyromètre optique au lieu d'une caméra.
Un pyromètre est un instrument simple qui mesure la température en captant directement l'amplitude de le rayonnement thermique d'un objet. A la place de la caméra, une lentille oriente la radiation vers une fibre optique de 3 mètres qui le transmet à un détecteur infrarouge installé à une certaine distance dans une cabine blindée. Le signal émis par le détecteur est transmis par un autre relais optique à l'ordinateur qui contrôle le processus de soudure. L'opérateur peut visualiser la "signature" thermique de chaque soudure et voir si elle répond aux critères d'acceptation, qui sont les mêmes que pour le système à caméra infrarouge.
A la différence de la caméra, le pyromètre n'effectue pas un balayage optique de la soudure pour établir un profil, mais capte le rayonnement d'un point circulaire fixe de 10mm. Cela signifie qu'il capte la température moyenne de la soudure, plutôt qu'un profil détaillé. Les chercheurs étaient préoccupés par la vulnérabilité du système à un positionnement imprécis, car les électrodes de la soudeuse sont changées chaque semaine, ce qui modifie légèrement la position de la ligne centrale de la soudure. Mais, finalement, cela ne semble pas poser de problème dans la pratique. Non seulement le pyromètre est moins coûteux que la caméra, mais il est moins encombrant. Les fibres optiques ne sont pas sensibles aux interférences électriques, et le système dans son ensemble est plus simple à installer et plus facile à entretenir.
Les partenaires s'apprêtent à réaliser un système similaire applicable aux installations d'étamage. Dans ce type de soudure, le métal est si fin (0,1-0,3mm) que le test du martèlement l'endommagerait. Les températures plus basses, 350-500°C, requièrent un autre type de détecteur pour le pyromètre, mais, pour l'essentiel, le système fonctionnera de la même manière. De nombreuses entreprises ont manifesté un intérêt pour ce système, mais le CRM étant un centre de recherche, il ne participe pas à sa fabrication. Il envisage de concéder une licence d'exploitation à la société belge IRM en vue de la production commerciale du système. Les sidérurgistes ne sont pas les seuls utilisateurs potentiels de ce dispositif. Il devrait aussi intéresser un grand nombre de firmes de l'industrie manufacturière où le contrôle de la qualité des soudures est important.


Article issu du programme européen : Technologies industrielles et des matériaux (BRITE-EURAM/CRAFT/SMT)
http://europa.eu.int/comm/research/success/fr/success_fr.html



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