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Le
prototypage rapide au service de la chirurgie
Le
projet PHIDIAS a réuni une PME, une équipe de recherche
pluridisciplinaire universitaire et deux géants industriels européens
pour adapter à la chirurgie les technologies les plus récentes
de fabrication rapide de prototype développées par l'industrie.
Grâce à cette technique, le chirurgien pourra disposer de
modèles hautement précis de l'intérieur du corps
de son patient, quelques heures à peine après avoir réalisé
une tomographie digitalisée par scanner ou par résonance
magnétique nucléaire. Les modèles permettent d'améliorer
le diagnostic et la préparation des interventions chirurgicales.
Ils peuvent aussi être utilisés pour la fabrication d'implants
ou de prothèses en chirurgie.
Au premier semestre 1996, la PME dirigeant le projet avait vendu 20 licences
dans le monde et ouvert un point de vente aux Etats-Unis, et les deux
grandes entreprises avait élargi leur gamme de produits. Ensemble,
les trois entreprises ont déposé au moins sept demandes
de brevets liés à ce projet.
Depuis les années 1970, les systèmes d'imagerie médicale
en 3D, tels que la tomographie digitalisée par scanner, permettent
aux chirurgiens de "voir" les organes à l'intérieur
du corps humain et d'adapter leur traitement en conséquence. Toutefois,
lors de la préparation d'une intervention complexe, un modèle
solide de l'organe ou de l'os concerné serait bien plus utile au
chirurgien que l'image informatisée affichée sur l'écran
du scanner.
Tout d'abord, une telle technologie faciliterait l'interprétation
des images fournies par le scanner, fournissant aux chirurgiens des informations
plus précises sur ce qui les attend en salle d'opération.
De tels modèles solides pourraient également servir à
améliorer la communication au sein de l'équipe médicale
ainsi qu'entre le médecin et son patient, offrant, en outre, au
chirurgien le luxe de pouvoir s'entraîner avant l'intervention.
Jusqu'il y a peu, il n'existait malheureusement aucune possibilité
de créer de tels modèles. Cependant, vers la fin des années
1980, on a vu apparaître dans l'industrie une nouvelle technique
de fabrication rapide de prototypes (RP - Rapid Prototyping), dont les
possibilités offrent des perspectives fascinantes. Lancé
dans le cadre de BRITE-EURAM, le projet PHIDIAS a eu pour objectif d'adapter
cette technique aux besoins de la chirurgie.
Construction rapide de prototypes
Traditionnellement, l'usinage d'un prototype s'obtient en taillant dans
un bloc de matière solide, soit à la fraiseuse mécanique
(usinage à la fraiseuse), soit avec des outils manuels. A l'inverse,
la technologie RP élabore le prototype en partant "de l'intérieur",
et en le construisant par couches successives. Il existe plusieurs variantes
de cette technique. L'une d'elles, par exemple, consiste à superposer
des couches de papier découpées avec précision. Mais
toutes permettent de "transposer" les images informatisées
en 3D en modèles solides, en quelques heures à peine.
A l'opposé d'un usinage à la fraiseuse, cette technique
permet de créer des objets dotés de cavités internes
: par exemple, un crâne avec ses sinus. Comprenant les avantages
potentiels de ce procédé pour des applications médicales,
la PME belge Materialise NV, s'est équipée en 1990 d'un
système de construction de prototypes par stéréophotolithographie.
Cet appareil construit chaque couche du prototype en utilisant une résine
malléable qui est "cuite", c'est-à-dire solidifiée,
au laser.
Après avoir confirmé la faisabilité de ce principe
de base, Materialise lança en 1993 le projet PHIDIAS, en s'associant
avec Siemens Medical Systems, le plus grand producteur européen
de scanners médicaux, Zeneca, un fournisseur de résines
stéréolithographiques à l'échelle mondiale,
et le groupe pluridisciplinaire de recherche en imagerie médicale
de la Katholieke Universiteit Leuven (KUL), en Belgique.
L'une des premières étapes consistant à définir
les attentes des chirurgiens en matière de prototype, la KUL a
mené une étude auprès de 30 spécialistes en
Europe et aux Etats-Unis. Comme prévu, si certaines exigences étaient
universelles (résines non toxiques, degré raisonnable de
précision, solidité), d'autres demandes variaient selon
la spécialité : précision de l'ordre de la fraction
de millimètre pour la chirurgie dentaire, disponibilité
du modèle dans les 12 heures pour les interventions urgentes de
chirurgie crânienne ou spinale, etc.
Résolution et précision
accrues
Le projet s'est doté d'une structure simple, où chacun des
partenaires assumait la responsabilité d'une des étapes
du processus. Siemens s'est concentré sur la qualité des
données, l'élaboration de modèles solides exigeant
une résolution et une précision nettement supérieures
à celles fournies par les images médicales habituelles.
Le choix s'est porté sur un procédé de tomographie
"en spirale", qui consiste à déplacer le scanner
autour du patient d'un mouvement continu, en suivant le tracé d'une
spirale. Contrairement à une tomographie traditionnelle, pour laquelle
le patient doit rester allongé et immobile pendant près
de 20 minutes, cette technique permet d'obtenir une image en une trentaine
de secondes, ce qui réduit sensiblement les imprécisions
dues aux mouvements du patient.
L'inconvénient, par rapport aux tomographies classiques, réside
dans la nécessité de soumettre les données ainsi
obtenues à un traitement fastidieux pour les transformer en une
série d'images en 2D, dont chacune est le reflet d'une mince "tranche"
de l'organe analysé. Siemens a donc développé une
série de techniques mathématiques pour combler les lacunes
des données recueillies.
A l'issue du projet, Siemens avait mis au point des algorithmes extrêmement
puissants qui permirent de multiplier par cent la résolution de
chaque "tranche" et de reconstituer les points manquants entre
chaque tranche, de façon à obtenir les courbes lisses requises
par la modélisation médicale. Outre la contribution essentielle
que ce travail a apporté au projet, il a également permis
d'améliorer toute la gamme des produits Siemens et débouché
sur deux nouvelles demandes de brevets.
Un logiciel sophistiqué
Pour sa part, Materialise NV, qui a assuré la coordination du projet
et se charge désormais de la commercialisation des résultats,
a développé l'outillage logiciel de l'ordinateur de modélisation
médicale. Cette station de travail compile les données captées,
les affiche à l'écran, assiste le radiologue et le chirurgien
dans la sélection des objets (os, muscles et organes internes)
à reproduire et prépare les données pour la machine
qui effectuera la construction rapide du prototype.
La sélection automatique de la partie du corps à modéliser
constituait un défi important pour les chercheurs, et un logiciel
spécifique fut développé dans ce but. Grâce
à ce programme, le chirurgien peut se borner à sélectionner
un unique point de mesure, par exemple un fragment du maxillaire inférieur,
l'ordinateur identifiant automatiquement tous les autres points de mesure
représentant le maxillaire choisi. Ainsi, la sélection des
parties du corps à modéliser peut se faire en quelques minutes,
puisqu'elle ne demande plus d'encodage manuel laborieux de centaine de
points de mesure différents.
Autre problème : étant donné la forme de nombreuses
parties du corps humain, les modèles n'ont pas de base stable pour
être posés au moment où ils sont créés
par la machine de "prototypage" rapide. Les partenaires ont
donc mis au point un logiciel permettant aux utilisateurs de doter les
modèles de structures d'appui stables.
D'autres aspects des données
La société Zeneca, qui s'est occupée de la mise au
point des résines, a dû relever, à l'instar de Siemens,
plusieurs défis techniques posés par la nouvelle application,
dont l'absence de toxicité requise par l'utilisation en milieu
chirurgical. En outre, presque tous les chirurgiens interrogés
dans le cadre de l'enquête de la KUL affirmèrent que les
modèles simples en 3D posaient un problème majeur : ils
ne permettaient pas de distinguer les différents types de tissus.
Pour un chirurgien qui se prépare à exciser une tumeur de
la matière osseuse environnante, par exemple, cette distinction
est évidemment vitale.
Les partenaires s'inspirèrent des scanners médicaux, qui
représentent les os, les cartilages et les autres types de tissus
dans des couleurs différentes à l'écran. Mais comment
faire pour colorer les modèles de cette façon? Zeneca résolut
le problème en étudiant des résines qui, sous l'action
d'un rayonnement laser, vont non seulement se solidifier, mais aussi se
colorer. La résine non-toxique mise au point par la société
prend l'aspect d'une matière solide et transparente lorsqu'elle
est irradiée par un rayon laser d'intensité normale, mais
prend un ton rouge plus foncé lorsque cette intensité s'accroît.
Ainsi, les différents organes ou les tumeurs peuvent être
reproduits en rouge et apparaître à travers le modèle
transparent. Zeneca a déposé au moins deux demandes de brevet
pour ce nouveau produit.
Un succès avéré
La KUL s'est chargée de la validation de la technologie tout au
long du projet, en fournissant à plus de 20 chirurgiens des prototypes
de modèles qui ont servi pour près de 50 patients différents.
Les appréciations fournies par les praticiens sur l'utilité
des prototypes ont donné les résultats suivants : dans 6%
des cas le recours au prototype a été considéré
comme "peu utile", tandis qu'il était jugé "utile"
pour 33%, "très utile" pour 40% et "essentiel"
pour 21%.
Materialise et ses partenaires ont donc développé, testé
et breveté une nouvelle technologie, dont tout porte à croire
qu'elle entraînera des améliorations radicales pour la chirurgie
complexe. Pour Materialise, qui a déjà vendu une vingtaine
de licences, ouvert un point de vente aux Etats-Unis, et dont le personnel
est passé de cinq à quarante personnes, il ne s'agit là
que d'un début. Dans le futur, la PME pense pouvoir développer
des applications à plus grande échelle dans la création
"personnalisée" d'implants et de prothèses. Aujourd'hui
encore par exemple, la mise en place d'un implant d'un genou requiert
que le chirurgien ouvre l'articulation avant de pouvoir déterminer,
parmi un choix de 5 ou 6 prothèses standards, quelle est la mieux
adaptée, par sa forme et ses dimensions. La technologie PHIDIAS
permettra au chirurgien de dessiner une prothèse sur mesure pour
chaque patient, assurant ainsi une adaptation parfaite et augmentant dans
des proportions considérables la durée de vie de la prothèse
ainsi que son efficacité.
Article
issu du programme européen : Technologies
industrielles et des matériaux (BRITE-EURAM/CRAFT/SMT)
http://europa.eu.int/comm/research/success/fr/success_fr.html
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