SAVOIR AUSCULTER LES MACHINES TOURNANTES
   
A l’image de la médecine, l’analyse vibratoire permet l’élaboration d’un bilan complet de la machine …
Le contrôle des machines tournantes par analyse vibratoire est couramment utilisé notamment pour la surveillance des composants fragiles ou stratégiques d’un système, par exemple les roulements à billes, les engrenages ou les rotors.

 
La procédure consiste à détecter l’apparition d’un défaut sans démontage de la machine en prélevant le signal vibratoire à l’aide d’un capteur accélérométrique. On définit alors une procédure de contrôle par comparaison d’indicateurs avec des seuils d’alarme préalablement définis. On ne recherche souvent pas plus loin la nature et la cause du problème.
Cependant, dans la plupart des cas, l’analyse du défaut est également possible. A l’image de la médecine, l’analyse vibratoire permet l’élaboration d’un “ bilan mécanique ” complet du système qui caractérise qualitativement et quantitativement son état à un instant donné, et ainsi d’y reconnaître d’éventuelles “ maladies ”.
Ce thème représente un des axes de recherche du Laboratoire d’Analyse des Signaux et des Processus Industriels (LASPI) installé dans les locaux de l’IUT de Roanne.
Un des projets piloté par le LASPI et soutenu par le conseil régional Rhône-Alpes, concerne le diagnostic de réducteurs à trains parallèles de forte puissance (quelques dizaines à quelques centaines de kW) couramment utilisés dans des applications de manutention, ponts roulants, remontées mécaniques... où les problèmes de sécurités peuvent être primordiaux. Ce projet implique des partenaires universitaires régionaux : Laboratoire Images et Signaux de INP Grenoble, Laboratoire de Mécanique des Contacts, INSA de Lyon ainsi que des partenaires industriels, Foc Transmission implanté à Vienne et Vaulx en Velin et les remontées mécaniques de Val d’Isère.


Diagnostic en contexte incertain

La complexité des systèmes rend souvent le contrôle difficile, voire impossible sans recourir à des méthodes spécifiques. C’est le cas des réducteurs à fort rapport de réduction dont le couple de sortie peut varier de plusieurs centaines de kilogrammes à quelques tonnes par mètre.
Ces réducteurs sont composés de plusieurs trains d’engrenages dont les axes sont montés sur roulements.
Tout défaut de tolérance, de surface, d’ajustage, de montage des différents organes du réducteur se manifeste alors durant la première épreuve du système, par des chocs plus ou moins audibles.
Nous sommes intervenus dans un cas comparable, avec pour objectif de diagnostiquer un défaut sur réducteur, parfaitement audible lors de son fonctionnement. L’anomalie se manifestait par un double choc, dont il était difficile de mesurer l’écart entre les deux coups. Le défaut provenait-il d’un des quatre trains d’engrenages, d’un des huit roulements à billes ou d’un autre composant mécanique ? Sa source n’avait pu être localisée par le constructeur.
Sans connaître l’historique du système et sans disposer de base de données sur ses modes de défaillances, nous devions procéder en “ aveugle ”. La méthode de diagnostic devait s’appuyer sur la seule connaissance des caractéristiques cinématiques du réducteur, ainsi que sur l’emploi d’outils d’analyse appropriés.


Réglementation applicable aux concepteurs de machines

Désormais, les fabricants de machines neuves doivent mettre sur le marché des machines conformes à la directive "Machines" 98/37/CE (ou 89/392/CEE modifiée). Pour cela, ils ont l’obligation de réaliser une analyse des risques.
La procédure d’évaluation de la conformité repose, dans la majorité des cas, sur le principe d’autocertification. Le fabricant construit la machine en respectant les exigences techniques de la directive, élabore une documentation technique, signe une déclaration CE de conformité et appose le marquage CE. Pour certaines catégories de machines (appareils de levage, presses, …), avant de signer sa déclaration, il doit recourir aux services d’un organisme notifié qui examinera le matériel et délivrera une attestation CE de type.
Remarque importante : L’apposition du marquage CE implique de prendre en compte l’ensemble des directives applicables à la machine conçue (exemple : directive CEM 89/336/CEE, directive Basse Tension 73/23/CEE, directive Equipements sous pression 97/23/CE, directive ATEX 94/9/CE…).


Retrouver l'organe défaillant

Pour élaborer un diagnostic à partir des signaux vibratoires, les méthodes classiques de traitement du signal telles que l’analyse spectrale et l’analyse cepstrale sont particulièrement adaptées.
La contribution de ces techniques d’analyse alliées à une technique d’acquisition adaptée (synchronisation sur la machine tournante) a permis tout d’abord de cibler la zone défaillante du réducteur (arbre concerné) puis de suspecter un roulement à bille. Une analyse statistique consécutive sur le kurtosis des signaux vibratoires révéla la présence de chocs très forts sur ce roulement. Le défaut a été localisé. Il restait à expliquer sa nature.
La fréquence inhabituelle ne correspondait à aucune fréquence caractéristique de la cinématique du roulement à bille. Par contre, elle pouvait être expliquée par des non-linéarités résultant d’un jeu excessif ou d’un frottement au niveau de la bague intérieur. C’est ce que confirma une expertise ultérieure.


Les conditions du succès

L’étude de cette intervention illustre bien la démarche classiquement suivie en diagnostic par analyse vibratoire, qui permet, pas à pas, d’isoler le composant mécanique défaillant, puis de caractériser la nature du défaut. Cette démarche a permis le remplacement de l’élément défaillant sans avoir à recourir au démontage complet du réducteur, d’où un gain de temps appréciable.
Rappelons que son succès ne tient qu’à la seule connaissance de la cinématique du système et bien sûr, à l’emploi d’outils spécifiques de traitement du signal ainsi que des techniques adéquates d’acquisition. Nous restons convaincus qu’une large classe de systèmes peuvent ainsi être contrôlés ou diagnostiqués de cette façon, et ceci sans coûts excessifs.



Contact:
Laboratoire d’Analyse des Signaux et des Processus Industriels
Université Jean Monnet -IUT de Roanne
20 avenue de Paris, 42334 Roanne cedex

E-mail : laspi@univ-st-etienne.fr

Pour tout renseignement complémentaire ou spécifique à votre cas de figure, n’hésitez pas à contacter Jean-Philippe LECLERCQ à l'ARATEM.
E-Mail : jpleclercq@aratem.org

 

 


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