UNE QUESTION DE LUMIERE
Pelussin, un gros bourg accroché au flanc du massif du Pilat, avec vue sur la vallée du Rhône. Nichée au pied du château médiéval qui domine la cité, une bâtisse reconstruite dans les remparts abrite l’atelier de Suzanne Philidet. C’est aussi là qu’elle habite, à l’étage du dessus.



Le prix Artinnov qu’elle a reçu, il y a quelques semaines, à la Chambre des Métiers, n’a pas changé la vie de l’artiste. Il l’a simplement confortée dans son désir de “sortir le vitrail de l’ornière”, de le libérer de l’image religieuse et moyenâgeuse qui l’écrase. Bien sûr, une bonne partie de son activité découle encore des sollicitations de l’Etat, de collectivités locales ou d’associations pour des travaux de réhabilitation de vitraux d’église et autres monastères. Mais le vitrail a fait une apparition, timide il est vrai, dans l’architecture contemporaine, en décoration intérieure. Et dans les galeries d’art.

“Sur un vitrail, le travail des couleurs est très différent de celui qui s’applique au papier, à la toile ou à n’importe quelle matière opaque. Le vitrail, lui, laisse passer la lumière tout en la transformant de façon variable selon les teintes. Leur composition a donc un effet primordial sur l’atmosphère de la pièce.” C’est en cherchant des effets originaux sur les couleurs et les formes, en tâtonnant comme à son habitude, que Suzanne Philidet a fini par mettre au point une technique touchant au cœur de son art : la lumière.
Suzanne Philidet a fini par trouver comment “éclairer” ses vitraux, faire en sorte qu’ils rayonnent d’eux-mêmes, leur permettant de créer une ambiance nouvelle. La matière première, du verre plat et blanc, est peint en atelier puis moulé dans un four pour lui faire prendre la forme voulue. Au cours du processus, sont introduits des fils ou des barres de laiton, de cuivre, d’étain ou bien sûr de plomb. L’innovation réside dans l’intégration d’une fibre optique au cœur des plaques de verre : c’est elle qui va générer une lumière fondue dans la masse du vitrail, lui donnant une autre dimension. “J’ai mis des mois à trouver comment faire accepter ce “fil de lumière” par la structure de verre. Lorsque j’ai montré le résultat à l’un de mes clients, il m’a immédiatement conseillé de ne pas le montrer publiquement avant d’en avoir déposé un brevet. Ce que j’ai fait en avril dernier.” Suzanne Philidet entend bien relancer le vitrail pour en faire un objet d’art contemporain. Ses créations parlent en sa faveur.

Didier Durand




Article réalisé en collaboration avec Entreprises Rhône-Alpes
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