INNOVATION
   
L'avenir se joue aussi dans les petites entreprises. Très médiatisées, les grandes entreprises font de l'ombre à leurs petites sœurs qui constituent pourtant un véritable vivier d'emplois et d'innovations. Alain Echenay préside l'association Présence Rhône-Alpes qui, en dix ans d'existence, a fait sa priorité du soutien à l'innovation technologique dans les petites entreprises.


ERA : Pourquoi vous intéresser particulièrement aux petites entreprises ?

Parce que les problèmes qu'elles rencontrent sont très différents de ceux des plus grandes. Je suis surpris d'entendre régulièrement, sur les ondes ou à la télévision, les économistes parler des "PME de 500 salariés" !
Il faut tout de même rappeler que la majorité écrasante des PME est constituée de structures de 10 ou 20 personnes : ce sont elles qui constituent le terreau du tissu économique. Or, pour elles, l'accès à l'information, aux consultants, aux aides financières n'est pas aisé.

ERA : Elles seront pourtant bientôt elles-aussi soumises à la "concurrence mondiale".


Mais c'est déjà le cas ! Ainsi, grâce à Internet, les produits peuvent être montrés puis commandés d'un bout du monde à l'autre. J'ai découvert il y a peu des produits diffusés sur Internet par une société belge qui les importe elle-même de Chine. Ces produits débarquent sur le marché européen à un prix quatre fois moindre que ceux qui sont fabriqués dans une petite entreprise de mon entourage ! Bien sûr, celle-ci offre pour l'instant une qualité supérieure, mais il faut désormais s'attendre à ce genre de concurrence.

ERA : Comment les petites entreprises doivent-elles réagir ?

Dans la guerre des prix que se livrent les entreprises du monde entier, les Européennes et les Françaises en particulier, perdront toujours. Les prix sont très inférieurs en Asie ? C'est la règle du libéralisme, cessons de nous en plaindre. Souvenez-vous du Japon il y a deux décennies : il devait nous manger tout cru... on connaît la suite. Face à la concurrence internationale, la seule solution est d'innover, développer des savoir-faire spécifiques, des technologies nouvelles, se concentrer sur des produits à valeur ajoutée, uniques, inimitables, quitte à en externaliser tout ou partie de la production.

ERA : Sont-elles préparées à un tel challenge ?

Bien souvent, non. En premier lieu parce qu'elles sont dirigées, le plus fréquemment, par des hommes de technique peu enclins à prendre du recul ou des initiatives en matière commerciale ou marketing.

ERA : Elles sont pourtant soutenues par un nombre important d'institutions ou d'organismes : Chambres de commerce et Chambres des métiers en premier lieu. Alors pourquoi avoir créé Présence Rhône-Alpes qui pourrait apparaître comme une porte supplémentaire...

Bien sûr, il existe déjà des partenaires sur lesquels les petites entreprises peuvent s'appuyer. Le problème, c'est que les organismes en place n'ont pas une démarche d'initiative : pour avoir accès à leurs services, les entreprises doivent avoir le réflexe de les solliciter. Or, beaucoup d'entre elles n'y pensent même pas et sont persuadées que leur projet ne sortira jamais faute d'argent. C'est ainsi que des projets dorment.

ERA : Comment faire pour les "réveiller” ?

La démarche de Présence est plutôt de prendre les devants, d'aller visiter les entreprises pour les aider à faire sortir leurs projets. Le but de notre association, c'est de dénicher les petites entreprises qui ont des projets potentiels -technologies ou produits nouveaux. Nous voulons faire émerger ces idées, puis les aider à se concrétiser en s'appuyant sur les structures existantes. Avoir une idée "géniale" ne suffit pas : il faut savoir la mettre en œuvre puis la vendre.

ERA : Mais qu'apportez-vous donc de plus que les autres organismes ?

Nous n'apportons rien "en plus" de ce qui existe déjà. Nous ne sommes pas un échelon supplémentaire. Nous entendons simplement associer tous les acteurs qui concourent au développement économique, réaliser un maillage des CCI, Drire, Anvar, DRT, développeurs locaux, régionaux etc. pour offrir aux petites entreprises un soutien plus efficace dans leur travail d'innovation technologique. Nous nous appuyons en premier lieu sur la trentaine de CDT (conseillers en développement technologique) qui sont basés dans les différentes Chambres de Commerce et d'Industrie de Rhône-Alpes.
Ainsi, pour réaliser des diagnostics économiques dans les différents bassins d'emplois de Rhône-Alpes, nous nous sommes appuyés sur toutes les structures existantes. Ces études seront le point de départ d'une action de soutien des entreprises locales.

ERA : Pourquoi organisez-vous un colloque en octobre ?

C'est d'abord l'occasion de marquer, par une journée de réflexion "utile" pour notre cible que sont les petites entreprises, nos dix ans d'existence. C'est aussi l'occasion de faire mieux connaître le réseau Présence. Comme nous travaillons "en coulisse", nous ne sommes pas très médiatisés : nous sommes avant tout des fédérateurs et nous n'avons jamais cherché à tirer la couverture à nous. Mais le réseau de services que nous activons doit devenir plus lisible, mieux identifié par les entreprises.


Propos recueillis par Didier Durand

Article réalisé en collaboration avec Entreprises Rhône-Alpes
http://www.brefonline.com

 



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